12/03/2008

Ces actrices au visage mort !

Mélanie GriffithCes actrices au visage mort !

En altérant la mobilité des traits, le Botox donne aux actrices américaines qui en font largement usage des expressions figées, sans vie. Le coup de gueule d'un éditorialiste britannique sur le sujet.

 

La plupart des acteurs qu'on voit aujourd'hui dans les films ont le visage délibérément paralysé, incapable d'exprimer quoi que ce soit. Les visages les plus célèbres sont gorgés de Botox et de collagène – ce qui donne au spectateur l'impression d'être déconnecté sans savoir pourquoi.

 

Pourtant, dans le film No Country for Old Men, Tommy Lee Jones a le front aussi crevassé et buriné que le désert texan dans lequel patrouille son personnage de shérif. Les mouvements à peine perceptibles de ces petits bouts de peau lui permettent d'exprimer douleur, panique et chagrin. De même, si Javier Bardem incarne avec brio un psychopathe au regard vide, c'est précisément parce qu'on voit bien que son visage tombant peut exprimer bien plus que le vide.

La majorité des stars de Hollywood sont tout simplement incapables d'exprimer quoi que ce soit. Et je ne parle pas seulement de gens comme Melanie Griffith, qui ressemble désormais à une scène de cauchemar de Salvador Dali, mais des stars les mieux payées, qui passent encore pour des grands. Je pense à une actrice célèbre qui prétend ne pas avoir de rides parce qu'elle prend un soin particulier de son visage. Il y a dix ans, son jeu malicieux, intelligent allait vers le génie. Aujourd'hui, elle s'est tellement fait charcuter pour atteindre un simulacre de perfection que son visage ne peut plus exprimer ni plaisir ni souffrance : il reste figé dans un rictus qui convient sans doute aux publicités haut de gamme, mais rien de plus.

 

Presque tous les films américains que je vois aujourd'hui ont une distribution qui est dans le même état. Bien sûr, les actrices de Hollywood ont toujours modifié leur apparence : dans les années 1930, certaines starlettes avalaient des œufs de ver solitaire pour perdre du poids. Les méthodes des années 1990 et 2000 sont toutefois plus invalidantes, en terme de jeu d'acteur, que celles du passé. Dans les années 1940, Rita Hayworth avait subi quelques interventions mineures : elle s'était fait épiler à l'électricité quelques cheveux sur le front pour accentuer son implantation en V (le studio trouvait que ça lui donnait l'air "plus exotique"). Marilyn Monroe s'était fait refaire le menton. Mais ces stars ne faisaient rien qui puisse altérer la mobilité du visage – et donc leur jeu.

 

Le Botox est bien plus extrême pour un acteur. Il ne se contente pas de tirer et de modifier la peau, il paralyse les nerfs. Dans The Many Lives of Marilyn Monroe, l'excellent livre de Sarah Churchwell, une anecdote montre à quel point les mouvements faciaux quasiment imperceptibles que le Botox rend impossibles sont importants pour un acteur de cinéma. Dans Bus Stop, en 1956, Marilyn Monroe était face à Don Murray, un acteur de théâtre couvert de gloire qui faisait là sa première incursion dans le cinéma. Quand il tourna ses scènes avec elle, il trouva qu'elle jouait lamentablement parce qu'elle ne semblait rien faire d'autre que de rester plantée là mollement. Mais, quand il vit les rushes, il changea radicalement d'avis : elle avait de toutes petites expressions faciales qui allaient à coup sûr faire fondre le gamin du vingt-deuxième rang. Si Marilyn avait été "botoxée", elle serait devenue exactement le mannequin de boutique de prêt-à-porter que Murray pensait qu'elle était.

 

Le collagène est tout aussi mauvais : si un visage a des lèvres bouffies, immobiles, il perd une grande partie de sa capacité d'expression. Je suis sûr que c'est l'une des raisons pour lesquelles les actrices britanniques ont tant de succès aux Oscars depuis les dix dernières années : elles ne sont pas paralysées du visage. Helen Mirren, Judi Dench et, cette année, Julie Christie, dans le bouleversant Loin d'elle [de Sarah Polley], ont accepté la richesse potentielle qu'apportent les rides et les pattes-d'oie. Elles les utilisent. Elles savent qu'elles suggèrent profondeur, intensité et vie.

Bien sûr cette manie du Botox place les actrices qui atteignent l'âge de 40 ans, un âge canonique pour Hollywood, dans une situation cruelle. Si elles refusent de se faire traiter le visage, elles n'obtiennent pas de rôle ; si elles acceptent, elles ne peuvent pas jouer. Elles sont piégées par notre désir malsain de bannir tout signe de vieillissement de notre vue.

 

Alfred Hitchcock a dit un jour : "Le meilleur effet spécial, c'est un gros plan sur un visage humain." Le Botox a fait disparaître cet effet des écrans de cinéma et transformé nos films en arrêts sur image.

AFP

16:45 Publié dans Insolite | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | |

Commentaires

que docteur Mabuse ai leurs âmes...
bonne soirée visage pâle !

Écrit par : jojo | 12/03/2008

tsssss je suis pas d'accord là ,du botox bien fait garde le visage expressif
et froncer les sourcils et le front c'est pas necessaire on peut paraitre fâché sans froncer les sourcils je te promet et le front non plus
...un botox bien fait laisse la mobilité aux sourcils voilà :)))
et les bouches bizarres des stars américaines c'est pas du collagène c'est du silicone ;)))
bonne fin de journée :)

Écrit par : bio | 12/03/2008

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