07/05/2012

Le combat d'un collectionneur pour sa "Belle princesse"

belle-princesse.jpgLe combat d'un collectionneur pour sa "Belle princesse"

 

Le portrait "La Belle princesse" représentant une jeune fille de profil est-il de la main de Léonard de Vinci? Son propriétaire, le collectionneur Peter Silverman, raconte dans un livre son combat pour le démontrer, en dépit du scepticisme persistant d'une partie des experts.

 

"La princesse perdue de Léonard de Vinci", publié chez Arte Editions et les éditions Télémaque, raconte en 286 pages l'histoire de cette oeuvre, également héroïne d'un documentaire américain (2011) de David Murdock diffusé samedi soir sur Arte.

 

Tout démarre par un coup de foudre. Celui de M. Silverman, collectionneur d'origine canadienne, pour un dessin à la craie et à l'encre, repéré en 1998 dans une vente aux enchères chez Christie's à New York. L'oeuvre sur vélin de 33 cm sur 24 cm est alors cataloguée comme un dessin allemand du début du XIXème siècle.

 

M. Silverman, qui vit entre Paris et New York et collectionne depuis quarante ans, a l'intuition que l'oeuvre date du XVème siècle. Mais il manque d'audace lors de la vente et laisse partir le dessin, adjugé pour 19.000 dollars (22.850 dollars avec les frais) à un acheteur anonyme.

 

Neuf ans plus tard, en janvier 2007, il retrouve par hasard "sa belle dame" à New York chez la galeriste Kate Ganz et achète le dessin 19.000 dollars.

 

A Paris, une historienne de l'art, Mina Gregori, lui fait remarquer que l'artiste est gaucher, que le visage est "florentin par sa beauté délicate et lombard par le costume et la natte". Elle pense au Toscan Léonard de Vinci (1452-1519), qui a travaillé à Milan.

 

Le collectionneur recueille les avis. Nicholas Turner, ancien responsable du département des dessins du British Museum, estime lui aussi que le portrait pourrait être de la main de Léonard.

 

La datation du vélin au carbone 14, réalisée en Suisse, permet de dire que le dessin a été exécuté "dans le périmètre du XVème siècle".

 

Plus de 100 millions de dollars

 

Le collectionneur confie l'oeuvre au laboratoire parisien Lumiere Technology, qui possède une caméra très sophistiquée. La société de Jean Pénicaut et Pascal Cotte repère un faisceau d'indices (dont une empreinte digitale) en faveur d'une attribution à Léonard de Vinci.

 

M. Silverman présente alors le dessin à Martin Kemp, professeur émérite d'histoire de l'art à l'université d'Oxford, spécialiste du maître toscan. En octobre 2009, M. Kemp attribue l'oeuvre à Léonard et la baptise "La Belle princesse". Il pense que le portrait est celui de Bianca Sforza, fille naturelle de Ludivico Sforza, duc de Milan, mariée à treize ans au commandant Galeazzo Sanseverino.

 

La valeur potentielle de l'oeuvre fait un bond: "elle est estimée 107 millions de dollars, en valeur d'assurance", indique à l'AFP M. Silverman.

 

L'enquête se poursuit. Et là, nouvelle trouvaille en 2011: le dessin, qui porte des petits trous de reliure, viendrait d'un "Sforziade", un livre sur vélin racontant l'histoire des Sforza, dont un exemplaire, portant les armes de Sanseverino, est conservé à la Bibliothèque de Varsovie.

 

"Les trous du dessin correspondent aux trous du livre. Un miracle. C'est la preuve ultime qu'il s'agit bien d'un Léonard de Vinci", considère M. Silverman.

 

La "Belle princesse" est désormais en résidence au Port Franc de Genève. Lumiere Technoloy a installé des bureaux là-bas pour montrer l'héroïne.

 

"Seuls les gens de mauvaise foi peuvent encore dire que ce n'est pas de Léonard de Vinci", affirme M. Silverman qui n'hésite pas à fustiger le "négationnisme" de certains.

 

Il s'offusque que certains musées new-yorkais et londoniens aient refusé de voir l'oeuvre. "Le monde de l'art, qui est passé à côté de cette découverte, se venge", assure-t-il.

paris-normandie.fr

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