03/10/2015

150 sublimes dessins du XIXe de l’oubli à la lumière

Image-1.jpg150 sublimes dessins du XIXe de l’oubli à la lumière

 

Réalisés par un avocat d’Avranches (Manche) entre 1845 et 1876, ils ont été oubliés durant des décennies dans un coffre-fort. Témoignages visuels rares, voire uniques, du Sud Manche du XIXe, ils seront exposés à la fondation Taylor à Paris.

 

Les trésors oubliés ont toujours alimenté l’imaginaire collectif. Pour Catherine Marie, jeune retraitée du pays de Granville (Manche), c’est une réalité. Elle en détient un depuis 20 ans mais ne le partage que depuis cinq années, n’ayant pas su quoi en faire, sauf le préserver. Il ne rime pas avec or. Désintéressée, elle souhaite juste en faire profiter le plus grand nombre.

 

« Mes parents avaient un vieux coffre dans leur garage, oublié depuis 30 ans. Il aurait pu finir à la déchetterie à plusieurs reprises. Pourtant, un soir de 1996, nous décidons de l’ouvrir mais ne connaissons pas le code. Nous appelons alors toute la famille et finissons par découvrir qu’il s’agit des quatre chiffres de la médaille militaire de 14-18 de mon arrière-grand-père paternel. »

 

Une collection de 150 magnifiques dessins, en très bon état, s’offre à eux. Sa maman se rappelle qu’il s’agit d’un cadeau de son oncle, brocanteur à Avranches, quand elle avait trois ans, en 1936. Mariée, elle range la collection dans ce coffre et l’oublie toute sa vie.

 

« J’adore ma région et j’ai été très émue de voir le Sud Manche dessiné avec autant de douceur, de tendresse, de précision. Ma mère me les a donnés. » 

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Granville en 1847 : vue du port depuis le sentier vers le roc et le sémaphore au-dessus de l’actuel chantier naval et de la cale. (Photo : Ouest-France)

« Un intérêt historique, sociologique »

 

Un jour de 2009, elle téléphone au directeur des musées de la Manche pour avoir un avis. « La semaine d’après, le conseil général était à la maison, sous le charme des dessins. » Ils ont déjà été exposés en 2010 à Saint-Lô, puis à Granville, au château de Gratot, à Saint-Pair-sur-Mer…

 

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L’auteur de cette œuvre, Joseph Le Dieu, est un avocat né à Avranches en 1815 et disparu en 1880. Ses tableaux exposés au musée d’Avranches ont été détruits par les bombardements de la Seconde guerre mondial. Il ne resterait que ces dessins réalisés entre 1845 et 1876. Bien avant la photographie et les cartes postales, ils représentent, Granville, Avranches, Coutances et leurs environs, campagne, plage, châteaux, demeures anciennes, manoirs, personnages… « Un véritable témoignage de la vie sud-manchoise d’alors, unique. Ces dessins ont un intérêt historique, sociologique et esthétique. Le port de Coutances, par exemple, pour le transport du bois, n’avait encore jamais été visualisé. » 

 

La place de l’Église de Saint-Pair-sur-Mer en 1845. (Photo : Ouest-France)

La conservatrice en chef du musée d’Orsay à Paris juge la collection magnifique. Et unique : une telle collection en France est inexistante ou, du moins, inconnue. Elle oriente Catherine Marie vers la fondation Taylor. Trois ans s’écoulent avant que le jury de la prestigieuse association donne un avis favorable. Seuls 12 dossiers sur plus de 500, sont retenus chaque année pour autant d’expositions. « Ça a été une très grande émotion. Ça va être une belle promotion du sud du département. » 

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Coutances en 1874 : la cathédrale vue de la route d’Agon. (Photo : Ouest-France)

 

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Avranches en 1874 : le séchage des essentes de bois et personnages portant des peaux aux tanneries de la vallée de Pivette. (Photo : Ouest-France)

Exposition à la Fondation Taylor, 1, rue La Bruyère, à Paris, du 4 au 23 janvier 2016. La collection, « Promenades au crayon ; dessins inédits de Joseph Le Dieu », a été édité chez Orep, en 2011.

 

 

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